18/09/2018

Immersion avec les aventuriers des abysses

90% des océans reste à explorer. Pour mieux comprendre leur rôle dans l’équilibre climatique et les impacts des changements qu’ils subissent, Ghislain Bardout - explorateur sous-marin et ingénieur EPFL -, ainsi que sa compagne Emmanuelle Périé-Bardout se sont lancés il y a dix ans dans une aventure hors du commun: Under the pole (UTP).

A bord d'une goélette, épaulés par dix collaborateurs et accompagnés de leurs deux enfants, ils naviguent actuellement dans les eaux de Polynésie pour étudier les coraux des abysses, les grands prédateurs et repousser les limites de la plongée sous-marine. L'expédition est soutenue par plusieurs instituts de recherche français, le ministère de l’éducation nationale français, mais également des entreprises suisses dont la banque genevoise Bordier. C’est à l’invitation de celle-ci que La Tribune de Genève a pu rejoindre l’équipe d’UTP sur place, pour découvrir in situ son travail et rencontrer directement ses acteurs.


Les océans représentent 71% de la surface de la Terre. Ils produisent une partie de l’oxygène que nous respirons, avalent près d’un quart de nos émissions de CO2, abritent un immense écosystème, entre autres. Si grands et si importants, et pourtant encore si méconnus. 

Pour mieux comprendre leur rôle dans l’équilibre climatique et les impacts des changements qu’il subit, afin de faire face aux défis écologiques et sociétaux en cours et à venir, Ghislain Bardout - explorateur sous-marin, directeur des expéditions et ingénieur EPFL -, ainsi que sa compagne Emmanuelle Périé-Bardout, co-directrice des expéditions et spécialiste des régions polaire, se sont lancés dans une aventure hors du commun: Under the pole (UTP). Ils sillonnent les océans depuis 2010 à bord de leur goélette, le WHY, qui fait office de base logistique et scientifique de l’expédition. Long de 20 mètres, il compte en permanence 12 personnes, accueillant des scientifiques et autres explorateurs au fil du périple. L'équipage du WHY est spécialisé dans la plongée en milieu extrême et a mené des explorations en Arctique, avant de jeter l’ancre aujourd’hui dans le Pacifique.

The Why arrives in Moorea Opunohu Bay_Copyright Gael Lagarrigue _ Under The Pole _ Zeppelin Network (1).jpgLa mission en cours, Under the pole III, s’étend sur trois ans, de 2017 à 2020, de l’Arctique au Pacifique en finissant par l’Atlantique. Avec différents objectifs en ligne de mire, dont un but scientifique - étudier le milieu sous-marin entre la surface et 150 m de profondeur -, de recherche - apporter une nouvelle expertise dans l’exploration sous-marine profonde -, et d’éducation en créant des outils de sensibilisation au changement climatique.

 

 

Principaux projets menés durant UTP III:

  • Coraux des abysses: étudier les coraux de la zone crépusculaire - entre 30 et 150 mètres de profondeur -, encore méconnus. Pour comprendre notamment si ceux-ci peuvent servir de refuge, voire de nurserie, à leurs homologues établis proche de la surface qui sont fortement menacés. Et pourquoi pas tenter, à terme, de "réensemencer" du corail afin de faire revivre les récifs sinistrés.

 

  • Ghislain Bardout testing the Capsule with his team_Copyright Quentin Mateus _ Under The Pole _ Zeppelin Network.jpgRepousser les limites de la plongée sous-marine: pour mener de telles études dans la zone crépusculaire, il faut dépasser les limites actuelles de plongée sous-marine. Au-delà de 60 mètres, les techniques traditionnelles ne suffisent plus. Pourquoi ne pas utiliser des robots sous-marins? Parce qu'ils sont extrêmement coûteux, donc réservés à des zones encore plus extrêmes, là où plus un rayon de lumière ne passe. De cet entre deux, entre surface et abysses obscures, on ne connaît donc pas grand chose. Pour y remédier, l’équipe d’UTP développe de nouveaux outils. Elle a bâti une expertise dans les plongées en scaphandres à circuit fermé, appelés aussi recycleurs, qui permettent de plonger plus profond, plus longtemps et sans rejet de bulles qui effraient la faune. En 2019, elle testera “la capsule”, un habitat sous-marin de 4,50 m2 à saturation qui peut accueillir un petit groupe de plongeurs. Ils peuvent s’y reposer, manger et observer l’extérieur. L’avantage: pas besoin de remonter à la surface et de faire de longs, très longs palier de décompression. On trouve déjà cette technique sur des plateformes pétrolières.

 

  • Les grands prédateurs: dans certaines zones de Polynésie, plus de 90% des populations de requins ont disparu. UTP se focalise sur le requin marteau et le requin bouledogue, pour mieux comprendre leur migration et ce qui les menace.

 

  • Bioluminescence: le passage en zone arctique a permis d'étudier les espèces émettrices de lumière dans la zone crépusculaire des régions polaires.

 

Les précédentes expéditions:

2010: Under the pole I, soit 45 jours au Pôle nord pour étudier le milieu sous-marin entre la surface et 150 m de profondeur et développer de nouvelles techniques de plongée dans ce milieu extrême.

2014-2015: Under the pole II, soit près de deux ans au Groenland et et un record mondial: une plongée à plus de 100 m sous la banquise.

 

Crédit images: Aldo Ferrucci - Under The Pole/ Gael Lagarrigue - Zeppelin network/ Quentin Mateus - Zeppelin network

14:32 Publié dans Under the pole | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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